Histoire

Sommaire des véritables faits géologiques, archéologiques et historiques du site de Chicoutimi

M. Jacques Pelletier a publié, en juin 2016, un essai s’intitulant « Le toponyme Chicoutimi, une histoire inachevée, de ses origines géologiques à 2002 », dans lequel il présente les principaux événements qui démontrent l’importance du nom « Chicoutimi » pour le territoire actuellement occupé, dans le Haut-Saguenay, par la ville issue des fusions de 2002. Il relate également les premières sources du nom « Saguenay » et le territoire qu’il représente.

Note – Nous utiliserons les noms :

Chicoutimi, pour désigner le territoire que les Amérindiens identifiaient à ce nom et qui signifiait « jusqu’où l’eau est profonde ». Ce territoire est la zone tampon entre la mer, le fjord en faisant partie, et l’intérieur des terres. Donc, au moins tout le territoire de la ville actuellement nommée Saguenay.

Saguenay, mot amérindien signifiant « d’où l’eau coule », pour désigner tout le territoire, à l’exception de la vallée du Saint-Laurent, partant de l’île d’Anticosti jusqu’au nord du lac Supérieur, où se trouvait le royaume du Saguenay. Certains Amérindiens ont aussi désigné de rivière du Saguenay, le fjord pour s’y rendre.

Voici, en ordre chronologique, les événements les plus importants. Pour plus de détails consulter le livre de M. Pelletier                          (https://www.facebook.com/EditionsIchkotimi):

Il y a 450 M d’années – Le graben du Saguenay

Au Saguenay se produit l’effondrement d’un socle rocheux, créant ainsi une fosse de quelques centaines de mètres de profondeur qui encastre la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et que l’on appelle le  » graben du Saguenay « . Ce graben mesure environ 250 km à partir de Tadoussac jusqu’à l’ouest du lac Saint-Jean et 50 km entre le pied des monts Valin, au nord, et la bordure des hautes terres de la réserve faunique des Laurentides, au sud du Lac Kénogami. La zone à l’ouest de Chicoutimi peut être considérée davantage comme une zone de transition. Le graben du Saguenay commence ainsi à prendre sa forme actuelle. Le sol rocheux est ébréché en superficie et en profondeur.

Il y a 2 M d’années – début d’une longue ère glaciaire

Tout l’hémisphère nord est recouvert d’un manteau de glace de plus de 3 km d’épaisseur. Ici au Saguenay, les courants glaciaires, favorisés par l’affaissement de terrain, et les rivières souterraines fluvio-glaciaires emportent les blocs de roches (brèches) vers la mer, libérant ainsi le fond de ce qui deviendra le fjord du Saguenay et façonnant les premiers déversoirs à la base des murs sud et nord du graben.

Il y a 10 000 ans – La fin des glaciers

À la fin de la dernière glaciation, il y a la formation de toutes les rivières qui alimentent le fjord du Saguenay. Ce fjord chemine du fleuve Saint-Laurent jusqu’à 100 km, vers l’ouest, à l’intérieur des terres. Rendu à « Chicoutimi », il se meurt et les eaux, provenant principalement du lac Saint-Jean déferlent en torrents sur presque 50 km et un dénivelé de 100 mètres. Parmi les rivières qui l’alimentent, il y a la rivière « Chicoutimi » que les Amérindiens dénommaient plutôt « rivière Kénogaming ». Depuis ce temps et jusqu’à la construction de routes vers 1850, si on arrive par le fjord, cette rivière est la seule rivière praticable, moyennant quelques portages, pour se rendre au lac Saint-Jean et, par la suite, à l’intérieur des terres. De là, son caractère stratégique qui ne se démentira pas tout au cours de l’histoire de cette région.

  • Il y a 4 à 5 000 ans – Les Paléoindiens

Arrivée des premiers Amérindiens. On a retrouvé, à la Baie Sainte-Marguerite, à la rivière à la Croix et à Alma, des artéfacts datant de plus de 3500 ans. Bien que ces artéfacts soient absents à Chicoutimi, les sites archéologiques les plus anciens ayant disparu, nous pouvons suggérer que cet endroit était aussi fréquenté, puisqu’il est le seul lieu de portage possible pour se rendre à l’intérieur des terres depuis le fjord.

  • Années 1300-1600 – Les Iroquoiens

Occupation de Chicoutimi et du Fjord par les Iroquoiens qui font du commerce et de la production de céramique à Chicoutimi.

  • 1535 – Donnacona

À propos de Saguenay – Lors de son deuxième voyage au Canada, Donnacona, chef iroquoien de Stadaconé, déclare à Cartier que pour se rendre au royaume du Saguenay, il peut passer par la rivière Saguenay mais que le chemin le plus facile et le plus court est par Hochelaga (Montréal), en empruntant, par la suite, la rivière qui y mène (Outaouais) et qu’il y a de l’or, de l’argent et du cuivre et autres richesses. Les archéologues confirment que le cuivre natif provenait du lac Supérieur et la géologie nous apprend que l’or et l’argent, au Québec, se retrouvent en Abitibi ou au nord du Québec. Ces richesses sont inexploitables dans la région actuelle du Saguenay.

À propos de Chicoutimi – Lors de la même conversation, l’interprète de Donnacona n’a pas prononcé le nom de Chicoutimi, mais il en fait une description qui correspond, en tous points à la définition de ce nom. En effet, il dit à Cartier que pour aller au Royaume du Saguenay, il peut passer par la rivière Saguenay mais « passé huit ou neuf jours, la rivière est peu parfonde (profonde)… et que par bateaulx (canots) ». L’interprète a probablement traduit Chicoutimi.

  • 1541 – Le roi de France

Le roi de France demande à Roberval et à Cartier de retourner « au Canada, à Hochelaga, à Saguenay et plus au Sud ». Le roi confirme que la route indiquée par Donnacona vers Saguenay se situe après HOCHELAGA. Toutefois, personne ne découvrira le Royaume du Saguenay. Victor Tremblay, historien, est du même avis, dans son histoire du Saguenay, publiée en 1938 : « le royaume du Saguenay n’existe pas ». Pour les Amérindiens la terre appartient à tout le monde. L’interprète a probablement appris ce mot, « royaume », en France.

  • 1541-1600 – Les cartographes

La très grande majorité des cartographes situent la rivière Saguenay à l’endroit où elle se trouve actuellement. Par contre, se fiant aux déclarations de Cartier, seul témoin des dires de Donnacona qui lui sont transmis par un Amérindien kidnappé lors de son 1er voyage au Canada, il situe le « Royaume » ou la région du Saguenay quelque part à la source de la rivière Outaouais.

  • 1600 – Les Algonquiens

Les Algonquiens remplacent les Iroquoiens dans la vallée du Saint-Laurent et sur le Saguenay.

  • 1603-1608 – Champlain

Champlain, le fondateur de Québec, tente de remonter la rivière Saguenay mais y renonce parce que ses guides Amérindiens refusent de l’accompagner. Jamais Champlain ne mentionne le royaume du Saguenay, ni dans son récit, ni dans ses cartes qui nous sont parvenues.

  • 1661 – Dablon et Dreuilletes

La Relation des jésuites nous apprend qu’en 1661, les pères Dablon et Dreuilletes quittent Tadoussac pour se rendre à la mer du Nord (Baie de James), qu’ils ne réussiront pas à atteindre, arrêtant leur voyage au lac Nicabau. Une journée après leur départ, ils mentionnent qu’ils seront à Chicoutimi dans 5 jours. Le nom Chicoutimi entre alors dans l’histoire, tout simplement comme si on disait aujourd’hui : nous serons dans 5 heures à Montréal.

  • 1671 – Première maison

Construction d’une première maison à Chicoutimi. Elle servira de maison pour le commis du poste de traite en 1676.

  • 1676 – Poste de traite et mission catholique

Construction du poste de traite de Chicoutimi qui sera démoli en 1856. Il aura été l’un des plus importants postes de traite au Canada au cours de ses 50 premières années d’existence.

Construction d’une chapelle pour la mission catholique installée sur l’île de Chicoutimi, soit toute la zone délimitée par la rivière Chicoutimi, le lac Kénogami, la rivière aux Sables et la rivière Saguenay. Cette chapelle sera reconstruite en 1725 et démolie en 1856. Une troisième chapelle sera construite au même endroit en 1893 pour disparaître en 1905 après la construction de l’Église Sacré-Cœur.

  • 1679 à 2002 – Les cartographes depuis Jolliet

Chicoutimi apparaît sur presque toutes les cartes et mappemondes et représente toujours la même zone. Tantôt on situe le point de localisation au nord, tantôt au sud de la rivière Saguenay, mais toujours à la hauteur de la confluence des rivières Saguenay et Chicoutimi. On doit à Louis Joliet, explorateur et cartographe, la première inscription de Chicoutimi, le 8 novembre 1679, sur une carte géographique. Mais une des cartes les plus révélatrices est celle dite de Nicolas Peltier, produite autour de 1685, qui démontre la notoriété de Chicoutimi sur ce croquis qui décrit les chemins de commerce et de portages des Amérindiens au nord du Saint-Laurent. Le père Laure produit plusieurs cartes détaillées de la région, lors de son séjour de plus de 10 ans, soit de 1725 à 1737, à Chicoutimi. Il y écrit aussi, en « montagnais », une grammaire, un catéchisme et un dictionnaire. En 1748, la Marine française produit deux cartes détaillées de la rivière Saguenay jusqu’aux Terres rompues situées un peu à l’ouest de Chicoutimi. On y retrouve un plan détaillé des installations du poste de Traite qui ressemble à un petit village.

Le nom Saguenay, pour désigner la rivière, est aussi consacré.

Par contre, pour désigner la région, le nom Saguenay ne figure pas avant la fin du 19e siècle. Auparavant, cette région a été désignée successivement de Traite de Tadoussac, en 1652, de Ferme de Tadoussac, en 1664, de Domaine du Roi, vers 1720 et de poste du Roi après la Conquête, en 1760. Ce n’est que plus tard, après l’arrivée des colons, que le terme « Région du Saguenay » commence à s’implanter. Sur maintes cartes géographiques, entre 1700 et 1900, Chicoutimi identifie la région du Haut-Saguenay.

1826-1838 – La pré-colonisation

L’Assemblée législative de 1826 décide « d’allouer un budget de 500 livres (2 400 $) pour l’exploration complète et définitive du Saguenay ».

Parmi ceux qui participent à ce processus, retenons le nom de Pascal Taché, seigneur de Kamouraska, qui avait passé 22 ans à faire le commerce des pelleteries à la Pointe-Bleue, à Shékutimitsh et à Tadoussac. À la session de 1823-1824, devant la Chambre des députés, Taché déclare, entre autres, que « les patates et les choux récoltés à Chicoutimi, sont tels que ceux que l’on cultive à Québec ne paraissent en comparaison que comme des choux nains ». D’ailleurs, M. Taché a fait dessiner une carte intitulée : Plan de la rivière du Saguenay, lacs, rivières et ruisseaux, ainsi que la qualité du sol du terrain et des bois situés de chaque côté de ladite rivière du Saguenay.

Nous ne pouvons pas non plus passer sous silence le témoignage de l’enseigne W. Nixon qui faisait partie d’une expédition de la marine anglaise sur le Saguenay, en 1828 également, et qui déclare, en arrivant à Chicoutimi : « Chicoutimi étant situé à la tête de la navigation du Saguenay, cet endroit est destiné à devenir une ville d’un commerce considérable si l’intérieur du pays s’établit. »

Les rapports de ces deux personnes sont annexés au rapport des trois.

1838-1851 – La colonisation

Début de la colonisation du Saguenay, par l’installation de scieries :

  • 1838 : anse aux Petites îles, anse au Cheval, anse Saint-Jean, anse à Peltier, Grande-Baie,

  • 1839 : anse aux Foins,

  • 1842 : rivière du Moulin,

  • 1844 : Chicoutimi qui devient la scierie la plus importante

  • 1848 : Jonquière

  • 1858 – La première photo de Chicoutimi

L’agglomération de Chicoutimi prend de l’importance. Due à sa position stratégique, Chicoutimi devient, au cours des 60 années suivantes, le siège de la majorité des institutions financières, commerciales, religieuses et gouvernementales.

  • 1895 – La pulperie de Chicoutimi

Chicoutimi passe à l’ère industrielle, devenant le siège de la première usine de pâte à papier, La Pulperie de « Chicoutimi ». D’autres suivront par la suite à Jonquière, Port-Alfred, Kénogami. La capacité hydraulique du bassin hydrographique du Saguenay-Lac-Saint-Jean attirera, en 1926, un fabricant majeur d’aluminium, Alcan.

  • 1858 – 1933 – Les institutions

Grâce à sa situation géographique exceptionnelle, la majorité des institutions financières, religieuses ou gouvernementales s’installent entre la rivière du Moulin (Langevin) et la rivière Chicoutimi (Kenogaming), soit dans l’actuel centre-ville de Chicoutimi.

Tous ces événements sont amplement suffisants pour démontrer l’importance du toponyme Chicoutimi qui fut et est encore le nom d’appel pour situer tout visiteur qui vient au Saguenay et qui est aussi le plus important siège de notre mémoire collective. Ce site est chargé d’une riche histoire que seul son nom « Chicoutimi » peut en porter la pérennité.

Actuellement l’arrondissement de Chicoutimi, qui est au centre géographique de la nouvelle ville, demeure le plus important en termes de population, de présence d’institutions et d’emplois.

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